Ce site adopte une approche bifurcatrice de l’écriture, dans laquelle le texte ne progresse pas de manière linéaire mais par embranchements, variations et retours. Cette démarche encourage une réflexion existentielle sur notre identité, affectes, usages, et dépendances numériques, dans un contexte algorithmique conçu pour façonner et exploiter nos parcours, nos choix et même nos pensées.
Il tente à faire exister le texte comme un milieu plutôt que comme une démonstration. Un étang, hébérgant toutes sortes de vies. Naturel ou artificiel, lieu de ressourcement. L’écriture comme étang, devient ainsi un milieu d’exploration, t’invitant à circuler, à flotter, à plonger, à t’arrêter, à reprendre, plutôt qu’à suivre un axe unique.
Une écriture bifurcatrice peut passer d’un récit à une référence, puis à une image, puis revenir au récit, imbriquer des fragments plutôt que les hiérarchiser, proposer des répétitions avec variations (comme une ritournelle), laisser des zones ouvertes, non expliquées entièrement, te laisser faire tes propres connexions.
Tu te dis peut-être “Mais c’est le bazar ici !”. Oui, tout cela peut sembler déroutant, chaotique, presque indigeste, je le sais. Mais bifurquer ne veut pas dire te perdre entièrement, au moins je l’espère. Observe les motifs qui reviennent et laisse la cohérence souterraine te porter.
Et puis, si tu te perds un peu, ce n’est pas si mal.
Pour éviter une désorientation excessive au point de devenir
contre-productif, je vais te proposer un rapide
guide de lecture :
zéroième (Ajoute un point ici sur la méta structure, pas forcément tout expliquer, mais renvoyer au système graphique (emplacements du texte et marquages graphiques) qui vont figurer directement en dialogue avec le texte et feront sentir cette méta structure lors de la lecture
(Système de renvoie à travers les liens-circulation et les liens-troll + la métastructure))
première Les textes à la première personne (je) sont pensées comme des entrées de blog ethnographiques d’un avatar semi-imaginaire, et se basent sur des expérience vécues (par moi-même ou mon entourage immédiat ou étendue, en ligne) ou provoqués des petites protocoles d’expérience. Si tu as une existence en ligne, quelque soit la forme de cette existence (donner exemples ici) tu t’es très probablement retrouvé.e dans une des situations similaires à celles décrites ici. Partant de la description des frictions et de leur absence, ce sont des expériences vécues quotidiennement au contact ou à l’absence de contact des appareils de métamédias, ses interfaces et ses algorithmes.
(Par ex, l’exercice de déconnection raconté en je, la description en je d’une activité de doomscrroll non choisie, les méthodes et des protocoles en ‘je’ sur l’idée de comment ne pas être gagné par le flux algorithmique, un défi contemporain, l’impression que rien ne s’imprime, lien avec l’imprimé, description de l’evenement xD ?
Ils glissent aussi parfois dans la fiction qui joue avec l’absurde, se basant sur un principe d’exagération des ces expériences. (Combiner l’entrée de Boite Noire-journal de recherche avec l’entrée Humour)
Ces écrits d’écran, sous forme d’entrées de blog s’apparente en quelque sortes à l’activité de tenir un journal de recherche (sous L). Dans une des entrées de l’ouvrage Angles Morts du Numérique Ubiquitaire, intitulée Boite Noire, le journal de recherche est proposé comme une des pistes d’enquête pour tenter d’ouvrir les boites noires des applications numériques: ’’Mettre en mots nos expériences peut nous aider à réfléchir sur notre pratique d’un dispositif numérique et à nous rendre sensible à la manière dont une application agit sur nos émotions et représentations: quelles variations de notre état émotionnel suscite le fait de scroller pendant plusieurs heures sur un site de réseaux sociaux numériques?’’
deuxième Les textes qui emploient la deuxième personne du singulier (tu), comme celui-ci, ceux de la réception, s’adressant au lecteur.ices et expliquant certains choix pris lors de l’écriture de ce milieu.
troisième Les textes qui n’emploient aucun des pronoms évoqués, recourant à la troisième personne (iel / iels), s’intéressent à une altérité, (celle des mondes non humains ? Mais aussi … )
Avant que tu commences à naviguer, je vais m’attarder sur une chose importante sur cette notion de mondes d’altérité. Tu remarqueras ici la récurrence constante des mondes animaux et non-humains.
Suivant cette même logique bifurcatrice, il s’agit d’un geste d’écriture, d’une manière de déplacer le regard, de créer un pas de côté face aux technologies de l’information et de la communication, et face aux récits dominants qui les accompagnent. Écrire à partir de leurs mondes permet d’ouvrir une zone d’écart, un espace où les évidences humaines cessent d’aller de soi.
Au départ, ce choix s’est imposé de manière intuitive : la fable animalière offrait une forme souple, capable d’accueillir l’absurde, le fragmentaire, le décalage. Mais très vite, cette intuition a exigé d’être pensée, justifiée. Pourquoi les animaux ? Et comment ?
L’enjeu central a été d’éviter l’écueil de l’anthropomorphisme. Il ne s’agissait pas de faire parler les animaux comme des humains déguisés, ni de les mobiliser comme simples miroirs moraux, à la manière des fables classiques ou de Disney où l’animal sert avant tout à raconter l’humain à l’humain. Ce travail s’inscrit dans une tentative de se déprendre de l’anthropocentrisme, en considérant chaque animal comme l’habitant d’un monde singulier, irréductible, doté de perceptions, de rythmes, de seuils d’attention et de manières d’habiter le chaos qui lui sont propres.
Les lectures de Deleuze et Guattari, de Vinciane Despret, de Donna Haraway, mais aussi les récits spéculatifs d’Ursula Le Guin, ont été décisives dans ce déplacement. Elles invitent à ne plus parler à la place des non-humains, mais à tenter de penser avec eux, en acceptant la part d’opacité, de malentendu et d’intraduisible que cela implique. L’animal, j’espère, n’est pas traité comme un objet d’étude ou une métaphore figée (même si j’en utilise aussi les métaphores ), mais un partenaire de dialogue partiel, un interlocuteur qui résiste, qui déroute, qui oblige à ralentir.
Prêter attention aux rituels, aux rythmes, aux modes d’écriture et d’interaction propres à chaque espèce. Réactiver. Cette posture s’apparente à celle que Vinciane Despret décrit comme une forme d’ethnographie animale : une manière de se rendre disponible à ce que font les animaux, à la façon dont ils produisent du sens, du territoire, de la présence. Observer comment un oiseau chante, comment une araignée tisse, comment un insecte perçoit les vibrations, c’est déjà entrer dans un autre régime de rythme et d’attention. Ces images ne prétendent pas dire la vérité de l’animal, mais rendre sensible l’écart entre les mondes.
C’est dans cet écart que peut émerger une dimension critique. L’animal devient alors un miroir inversé, non pas parce qu’il nous ressemble, mais parce qu’il ne nous ressemble pas. Par contraste, ses manières d’habiter le rythme, de répéter des boucles, de territorialiser ou de se retirer mettent en lumière nos propres habitudes, nos automatismes, nos manières de nous laisser traverser par ce qui nous dépasse.
Dans son œuvre hybride print/web The Gathering Cloud, https://luckysoap.com/thegatheringcloud/ J.R. Carpenter mobilise sans cesse des figures animales pour rendre perceptible la matérialité du cloud. La dissonance cognitive non hasardeuse entre le fantasme culturel du stockage dans le cloud et les faits concrets de son impact environnemental est en partie comblée par cette évocation constante des animaux: « A cumulus cloud weighs one hundred elephants. A USB fish swims through a cloud of cables. Four million cute cat pics are shared each day. » Les animaux deviennent ici des unités de mesure poétiques, des points d’ancrage sensibles pour penser les infrastructures numériques.
Laurel Schwulst décrit sa collection d’images intitulée Wild Animals vs. Manmade Materials https://www.are.na/laurel-schwulst/wild-animals-vs-manmade-materials comme une collection d’espèces sentinelles. « You can understand it as a portrait of the planet using animal signals as material. » Les animaux y apparaissent comme des capteurs, des révélateurs des tensions entre technologies humaines et milieux de vie.
C’est ainsi, de manière indirecte, une collection des technologies humaines à travers le temps. Elle rassemble des systèmes de surveillance, elle inclut des drones, capturés par des faucons ou des tigres, et conçus par la DARPA pour imiter l’apparence des colibris. Elle renvoie également à Internet, dont les câbles sous-marins ont déjà été attaqués par des requins. On y trouve aussi de puissants faisceaux lumineux, tels ceux projetés dans le ciel lors d’un mémorial du 11 septembre, capables de désorienter les oiseaux migrateurs. Elle montre les murs frontaliers, qui empêchent les jaguars menacés du sud-ouest des États-Unis et du Mexique d’accéder aux vastes territoires nécessaires à leur survie et à leur reproduction. Pour n’en citer que quelques-uns.
Peut-être nous sommes si fascinés par les animaux sauvages parce qu’ils nous apprennent quelque chose sur nous-mêmes et sur nos propres comportements. Les humains sont des animaux domestiqués, tout comme les animaux de compagnie, tandis que les animaux sauvages étaient là avant nous, seront probablement là après nous, et peuvent exister indépendamment de nos récits et de nos dispositifs.
Cette association permet de produire une forme de technocritique décentrée et expérimentale. En passant par les mondes non-humains, ce travail cherche à dépasser le sujet humain comme centre unique de l’analyse, et à proposer des contre-histoires capables de rendre sensibles les effets des flux numériques sur nos perceptions, nos habitudes et nos manières d’habiter le monde. En s’adossant aux animaux, ce travail cherche moins à parler d’eux qu’à apprendre, provisoirement, à penser autrement ?
Cette approche soulève nécessairement une tension méthodologique : nous savons peu de choses des animaux, leur complexité nous échappe largement, et les cadres scientifiques occidentaux sont limités et situés. Loin de constituer une contradiction bloquante, cette incertitude est assumée comme faisant partie intégrante du dispositif d’écriture. Leur présence ici tente d’ouvrir un espace de pensée, où fabuler devient une façon de résister à la réduction du vivant à des modèles explicatifs fermés. (Cf la cybernétique ? )