Péripétie

Interviews Audiovisuelles

Avant Propos

Péripétie, c'est un dialogue autour du live audiovisuel : comment des créateur·ices pensent la relation entre le son et l'image, comment iels travaillent ensemble, et comment le public devient partie prenante de l'expérience.

La forme de cette recherche a été pensée pour être présentée pendant le live lui-même. Ce site, c’est un dispositif mis à disposition comme une entrée supplémentaire dans l'expérience de la performance.

L'IA a accompagné plusieurs étapes de ce travail : retranscription des entretiens, mise en forme des fragments, développement du site. Je dois admettre que l'aisance que procure cet outil peut poser problème dans ma pratique du quotidien et s'en détacher n'est pas facile.

Ce qu’elle n’a pas fait: la présence physique, les entretiens. L’IA n'a pas entendu les silences, les hésitations, les moments où on cherche ses mots. Le choix des fragments, décider quel extrait est "parlant", lequel résonne avec un autre, lequel mérite d'être mis en avant. L’expérience de terrain, la résidence Péripétie, la scénographie construite, les personnes présentes le 17 avril.

Vous pouvez lire ces fragments en scrollant de manière linéaire, suivre des pistes thématiques spécifiques grâce aux connexions entre les contenus, ou utiliser les flèches pour découvrir un parcours narratif propre.

Co-construire un live audiovisuel

Problématique

Comment concevoir et expérimenter un live show audiovisuel co-construit qui explore des formes visuelles et enrichit l'expérience sensorielle du public ?

Ma démarche

Ma démarche cherche à comprendre, par la pratique et le dialogue, comment co-construire un live audiovisuel où l'image, le son, l'espace et le public construisent une expérience vivante, collective et partagée.

C'est au sein du collectif Gravity que cette recherche a pris forme. Nous sommes un collectif bruxellois qui développe depuis trois ans une pratique de projection vidéo à travers la création de scénographies immersives.

Notre approche s'est construite au fil de performances dans plusieurs festivals — Palart, Outlook, Membrain, Monstres et Groseilles, Massive Sound Records, Kultur Bazart, La Fabriek, CityGate, High 'n' Irie Sound System — dans les festivals, les sound systems et les scènes underground qui constituent notre terrain d'expérimentation.

Ce qui nous intéresse, c'est de dépasser la simple illustration musicale. Nous cherchons à créer des espaces où le public peut se mouvoir librement, où l'image devient un environnement plutôt qu'un spectacle frontal.

C'est une pratique en constant dialogue avec les musiciens, avec les lieux, avec le public. Chaque résidence, chaque festival nous pousse à réinventer notre approche, à mieux comprendre comment concevoir et expérimenter un live audiovisuel co-construit.

Ce désir de rencontre et de compréhension approfondie m'a poussé à mener des entretiens avec 7 artistes du domaine — Colas Fiszman, Antoine Goldschmidt, Boris Wilmot, Yannick Jacquet, Loic Dubois, Tommy Onraedt, Matthias Willemen — pour saisir comment chacun d'eux aborde la co-création live audiovisuelle.

Ces conversations ont directement alimenté la résidence Péripétie, que nous avons menée au City Gate sur trois semaines en avril. Avec Naynaydeluxx (son) et avtt_studio (visuel) comme collaboratrices, nous avons pu explorer comment concevoir et expérimenter un live show audiovisuel co-construit, chacun·e proposait ce qu'iel apportait.

Cette résidence a réuni neuf artistes au total. Aux côtés d'Emsy bibis, Naynaydeluxx, Ensarr, Basil de la vitesse, Laurkie2, Lilili, Avtt_studio, emoraone, pépite nous avons créé ensemble une scénographie qui a accueilli quatre performances audiovisuelles, présentées le 17 avril.

Péripétie

Cadre et déroulé

La résidence Péripétie s'est tenue pendant trois semaines, du début avril au 16 avril, au CityGate. Elle a réuni neuf artistes répartis en trois binômes et un trio, chaque groupe associant un·e artiste sonore et un·e artiste visuel·le, pour aboutir à quatre lives audiovisuels présentés au sein d'une scénographie commune.

La scénographie et le dispositif

L'ensemble du setup a été pensé collectivement et construit entièrement à partir de matériaux de récupération, via un réseau de contacts. L'espace a été mis à disposition par le lieu en échange d'un travail fourni en retour. La scénographie comprenait :

  • Trois projecteurs et un laser
  • Trois surfaces de projection, dont deux identiques composées de draps suspendus en trois niveaux décalés, créant un effet quasi-holographique. Ces deux surfaces se faisaient face de manière symétrique
  • Un panneau réfléchissant circulaire au-dessus de la régie, recevant la projection d'un troisième projecteur, dont le rôle était de disperser des reflets dans tout l'espace
  • Un sound system à deux tours encadrant une régie centrale qui rassemblait les instruments de musique électronique et les outils de création visuelle live

Le dispositif a été conçu pour que le public puisse circuler librement dans l'espace et profiter du setup depuis n'importe quel point, visuellement, sonorement, ou simplement en se déplaçant.

Captation et acoustique

La performance a été documentée par plusieurs caméras fixes orientées sur différents axes : un plan de la régie, un plan frontal de la régie, et deux plans frontaux vers les surfaces de projection en tissu. Des GoPros complétaient le dispositif, captant la régie au plus près des artistes. L'enjeu était de saisir les angles les plus parlants tout en restant fidèle à la logique d'un dispositif pensé pour la circulation libre du public.

L'acoustique a constitué un véritable défi : le lieu produisait beaucoup d'échos. L'ajout de tapis, coussins et rideaux a permis d'améliorer significativement la qualité sonore.

Organisation et co-création

La co-organisation s'est faite en amont via quelques réunions, puis principalement sur place pendant la résidence. Le travail a été structuré pour que chaque binôme dispose de moments dédiés à la régie pour répéter, en fonction des moyens et du temps disponibles. Les tests se sont déroulés dans un esprit d'entraide entre artistes, et le démontage a été assuré collectivement.

Pour ma part, j'ai travaillé en trio avec Naynaydluxx (musique) et avtt_studio (Sculpture 3D). La co-création s'est construite de manière organique : chacun·e a proposé les matières qu'iel apportait, et j'ai cherché à articuler l'ensemble en fonction de nos capacités respectives et du temps que nous pouvions investir. Cette manière de travailler, sans cadre rigide imposé, mais à partir d'une rencontre réelle, a constitué l'un des apports majeurs de la résidence par rapport à mes expériences précédentes de live improvisé.

Public et retours

La soirée de présentation a réuni je ne sais pas combien de personnes. Les retours ont été positifs : les personnes présentes semblaient apprécier le moment, l'équipe de la résidence également. Je regrette néanmoins de ne pas avoir recueilli davantage de retours formalisés du public.

Ce que la résidence m'aura apporté

Péripétie a permis de mettre concrètement à l'épreuve les hypothèses qui structuraient mon TFE :

  • Le passage de l'image-spectacle frontale vers une image diffuse, dispersée dans l'espace, vécue par déplacement plutôt que par contemplation, s'est matérialisé dans le dispositif scénographique lui-même.
  • La co-création en amont, plutôt que la collaboration improvisé du live entre son et image.
  • La physicalité : tissus, reflets, circulation, scénographie, tapis, coussins.

Cette expérience aura été à la fois un aboutissement de la démarche de recherche et une ouverture vers d'autres pistes : approfondir les retours du public, prolonger les collaborations engagées, et continuer à questionner ce que peut être un live audiovisuel quand l'image cesse de réclamer le regard pour devenir un environnement.

Remerciements

À mon promoteur Alexander Schellow, pour l'accompagnement, les références et la confiance accordée tout au long de cette recherche.

Aux intervenants Colas Fiszman, Antoine Goldschmidt, Boris Wilmot, Yannick Jacquet, Loic Dubois, Tommy Onraedt et Matthias Willemen pour avoir accepté de partager leurs réflexions et leur pratique avec une telle générosité.

Aux artistes de la résidence Péripétie Naynaydeluxx, avtt_studio, Emsy bibis, Ensarr, Basil de la vitesse, Laurkie2, emoraone et moi même — pour avoir construit cette aventure collective au CityGate.

Au public qui s'est déplacé pour cette soirée du 17 avril, et plus largement à toutes celles et ceux qui ont fait vivre nos performances depuis trois ans.

À celles et ceux qui ont rendu l'événement Péripétie possible Matthias Willemen, @bobbi.watson_, @samuel.gigot, @studiocitygate, @vostock.bxl, @saintklet.brussels, @lafabriekcitygate, @keyframe, @edouardjattiot, @joyeux_festin_asbl, @fumeenoireasbl, @francky_first, @glassherd, MarollesRoyces.

Pour aller plus loin

Sources théoriques proposées par Alexander Schellow pour aller plus loin dans la recherche.

  • Chion, Michel. Audio-Vision : Son et image au cinéma. Paris : Nathan, 1994.
  • Citton, Yves. L'Économie de l'attention : Nouvelles perspectives du capitalisme. Paris : La Découverte, 2014.
  • Crary, Jonathan. Suspensions of Perception : Attention, Spectacle and Modern Culture. Cambridge, MA : MIT Press, 1999.
  • Dyson, Frances. Sounding New Media : Immersion and Embodiment in the Arts and Culture. Berkeley : University of California Press, 2009.
  • Fischer-Lichte, Erika. The Transformative Power of Performance : A New Aesthetics. Abingdon : Routledge, 2008.
  • Grau, Oliver. Virtual Art : From Illusion to Immersion. Cambridge, MA : MIT Press, 2003.
  • Hansen, Mark B. N. Bodies in Code : Interfaces with Digital Media. New York : Routledge, 2006.
  • Merleau-Ponty, Maurice. Phénoménologie de la perception. Paris : Gallimard, 1945.
  • Voegelin, Salomé. Listening to Noise and Silence : Towards a Philosophy of Sound Art. New York : Continuum, 2010.
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