Écriture contemporaine


théo grandchamp

Sommaire


Introduction


Au gré de ce texte, j'aimerais présenter quatre auteurices qui m'ont personnellement marqué durant le cours d'écriture contemporaine. J'aimerais rajouter deux autres auteurices, que j'ai pu lire pendant les congés.

Pourquoi les présenter ? Car la lecture et le cours d'écriture contemporaine, ne s'arrête pas dès qu'il finit, mais se prolonge. Je pense plus précisément que cet espace éditorial dont je dispose ici, est aussi un espace où, même si ces textes n'ont pas été présentés, je me permets d'en parler, au vu des traces qu'ils ont laissées en moi, et de la nécessité d'en parler et de les partager.

Exposons donc 4 auteurices, qui nous permettront de voir comment iels travaillent. Comment leurs récits et leurs écritures communiquent et trouvent résonance les unes aux autres. Et enfin comment ma pratique s'imprègne de ces écritures diverses.

Ma pratique


La base de ma pratique est le numérique et la technologie. Dans numérique je veux dire ; le web, la manipulation de langages numériques (HTML, CSS, Python, PHP, etc...). Dans technologie je veux dire toute la matérialisation de cette abstraction qui est "le numérique". Un serveur web, l'intérieur d'un ordinateur portable, l'installation d'un réseau de communication radio, etc... Ma pratique est aussi, et de plus en plus au fil des années et de l'avancée du technofascisme, une position technocritique. C'est à dire, requestionner nos pratiques numériques contemporaines. Pourquoi utilisons-nous cette technologie aujourd'hui ? Pourquoi n'utilisons-nous plus celle-ci ? Pourquoi tout est foutu ? Pourquoi internet est-il mort ? et bien d'autres questions... J'ai une pratique qui doit être requestionner en permanence (c'est très important pour moi). Pourquoi doit-elle être requestionner en permanence ? Pour ne pas que les réflexions, les idées, ne se cristallisent, pour ne pas tomber dans l'automatisme et la facilité, et surtout car tout change, tout évolue, un arbre comme une pratique.

Ludovic Bernhardt


Ludovic Bernhardt est un écrivain, artiste, chercheur, maître de conférences en art plastique, diplômé du Studio National des Arts Contemporains Le Fresnoy.

Lors du Living Library j'ai été intrigué par la pratique numérique au sein de son travail, et surtout dans son livre Le Lac (fac-similé). J'ai donc bien écouté toute la conférence et l'a énormément questionnée. D'abord sur son histoire, et son style d'écriture, qui n'a hélas pas marché sur moi. Et je parle de cela car c'est intéressant de se questionner sur le pourquoi cela n'a pas marché, pourquoi cette écriture ne m'a pas touché ? Pourquoi j'ai été si extérieur à ce texte ? D'abord la défragmentation du texte m'a d'abord perdu. Puis j'ai voulu dans ma pratique essayer d'intégrer cette pratique du texte. - explosion du récit en jeux de société, ne me touche pas forcément mais cela m'a permis de me questionner là-dessus - l'utilisation du numérique qui m'a permis aussi de pouvoir me questionner là-dessus Et cela fait le lien avec

Séverine Dancourt


Avec Poudreuse, manifeste anticapitaliste et Décharge, texte "explosif" sur des violences sexuelles subies étant enfant. Tout d'abord Poudreuse a été pour moi inspirant, car ce long poème a une forme de prose crue, dans un imaginaire réel, celui du capitalisme technofasciste que nous vivons actuellement. Un propos profond sur la société dans laquelle nous vivons, ce qui est connecté avec ma pratique. C'est une écriture qui est à la fois sensible, un travail qui trace un trait net dans le papier, quasi chirurgicale. Le propos me touche encore plus étant très intéressée par les questions que Séverine Dancourt expose dans son récit. Lors du Living Library, Séverine Dancourt a lu le texte de Poudreuse, on sentait sa pratique de la performance et du théâtre. J'ai fait à peu près dix ans de théâtre lorsque j'étais plus jeune. Durant toute ma formation en licence ou même en master aujourd'hui, j'ai toujours voulu connecter ces deux pratiques, le numérique, le théâtre, la performance. Décharge m'intéresse énormément, par rapport à comment, par l'écriture, pouvoir réussir à parler de nos traumatismes, comment les expulser pour en faire une œuvre et comment réellement les combattre grâce à cela.

George Saunders


George Saunders, écrivain-journaliste états-unien. Il sort un roman de 400 pages, en 2017 qui se nomme Lincoln In The Bardo, en français : "Lincoln au Bardo". Le texte de Saunders est très intriguant au premier abord. Il est découpé comme des dialogues d'une pièce de théâtre. Plusieurs personnages s'exposent à nous. Qui sont iels ? Pourquoi tant de brouhaha dans ce texte ? Je parlais de théâtre avec Séverine Dancourt, ici Saunders nous expose tel une pièce de théâtre le Bardo. Le Bardo étant un endroit où les morts stagnent, errent dans cet endroit entre "l'au-delà" (s'il y en a un) et notre monde. On suit donc le fils d'Abraham Lincoln, qui se retrouve avec d'autres fantômes dans cet étrange endroit. Ce qui m'a touché avec Lincoln In The Bardo est l'exposition de cet endroit, le Bardo. J'ai toujours voulu questionner les espaces qui se trouvent entre deux mondes, les espaces qui se trouvent dans un interstice. Le web peut (pouvait) être un "Bardo" (les blogs en sont un très bon exemple.). C'est aussi comment montrer et réfléchir sur la mort, le deuil, le recueillement, sur l'histoire d'un enfant qui est mort. Derrière des dialogues parfois absurdes, c'est une histoire complexe, et difficile. Je me suis toujours intéressé à comment montrer, documenter ou parler du deuil. Saunders nous montre ce propos, avec des personnages parfois absurdes, un personnage avec un membre "énorme", puisqu'une poutre est tombée sur celui-ci, l'a tué et il est resté comme cela dans le Bardo.

Virginia Woolf


Virginia Woolf est une des plus grandes écrivaines du 20ème siècle. Elle nous propose avec Les Vagues, un récit doux-amer. Dans ce roman Woolf nous présente un groupe de personnages principaux dont les vies sont intimement liées. C'est une toile narrative complexe qui se forme devant nous, telle Ludovic Bernhardt avec Le Lac (fac-similé) et la défragmentation du texte. Comme Saunders, l'écriture du récit se déploie tel un narratif de théâtre, avec des guillemets pour introduire chaque parole ou pensée des personnages. Comme Ludovic Bernhardt, cette fragmentation du texte m'intrigue, c'est assez complexe d'intégrer ceci dans des projets, mais tout à fait possible et très intéressant surtout dans des projets de narration avec le numérique, des sites webs par exemple. Cela pourrait être intéressant de faire un site web en rapport avec Les Vagues et d'exposer toute cette toile narrative complexe.

Autres Récits


Rébeka Warrior

Toutes les vies


Rébeka Warrior est une artiste, chanteuse, poétesse et écrivaine. Je l'ai découverte grâce aux nombreux groupes de musique qu'elle a pu avoir dans sa carrière ; Sexy Sushi, MansfieldT.Y.E, Kompromat. Toutes les vies est un livre sorti en fin d'année 2025. Elle y raconte la relation entre Rébeka Warrior, sa femme Pauline et son cancer qui lui ronge doucement le corps et sa vie. C'est un livre qui bouscule, qui nous met un coup de poing dans l'épaule, tant les émotions transmises par l'écriture de Rébeka Warrior sont "réelles". C'est à dire qu'elle ne cherche pas à faire de la poésie, elle le dit même dans le livre, mais à transmettre un récit authentique, sur la traversée de son deuil, sur les erreurs, sur le pardon de soi et d'autrui, sur la résilience des corps et du mental. Aussi dans le récit nous sommes guidés tout du long grâce à des notes de journal qu'elle tient quasi quotidiennement. Ces notes nous guident au travers de ce dédale qu'est le deuil et la perte d'un être cher. Tout comme Saunders, le deuil est au centre du récit, la mort guide le lecteur jusqu'à l'annonce fatidique. Il est entrecoupé d'extraits de journal mais aussi d'extraits d'écrivains, qui ont guidé Rébeka Warrior au travers de cette épreuve. Ce livre me touche encore aujourd'hui. Il m'est resté sur la peau, et j'aurais aimé le partager pendant le cours d'écriture contemporaine (à défaut je le fais ici, j'en suis navré), mais je pense que parler de ce livre est important, comme dit précédemment, la mort, le deuil, comment nous traversons ça sont des questions que j'aimerais intégrer dans mes projets. Ici ce livre parle très spécifiquement du deuil, sans en avoir un point de vue strictement scientifique ou psychanalytique ou autre, non c'est un récit réel, vrai, fait dans l'urgence de devoir écrire sur ce qu'il s'est passé, tant les souvenirs s'échappent, l'oubli avance, la mémoire se sujure. C'est un livre qui m'a fait commencer un journal, pour juger ce que la tenue d'un journal crée dans ma vie, et surtout dans ma pratique de l'écriture. C'est aussi un livre qui me colle donc encore à la peau, où j'en parle quoi qu'il arrive tant celui-ci persiste dans ma mémoire.

Simon Johannin

L'été des charognes


Simon Johannin, est un écrivain, plasticien et poète. Après avoir travaillé en intérim, puis comme vendeur de jouets, il a intégré de 2013 jusqu'en 2017 l'atelier d'espace urbain de La Cambre. C'est en 2017 que sort son premier roman : L'été des charognes. Un roman avec une écriture brutale, crue, presque suintante. C'est une chronique violente sur l'enfance dans la campagne du Tarn, à la Fourrière exactement.

J'ai grandi à La Fourrière, c'est le nom du bout de goudron qui finit en patte d'oie pleine de boue dans la forêt et meurt un peu plus loin après les premiers arbres. La Fourrière c'est nulle part

Voici ce qu'on peut lire dans L'été des charognes, nous suivons un narrateur, enfant de 10 ans au moins, qui nous découpe le paysage de ce qu'il voit tous les jours dans cet espace étrange qu'est la campagne profonde. C'est un récit que j'aime comparer au Dormeur du val d'Arthur Rimbaud. Car comme dans Le dormeur du val, Johannin nous décrit précisément la nature et la campagne, et y décrit aussi la chair, les corps qui se décomposent au soleil, ou qui se décomposent sous le poids de l'alcool, du travail. C'est un récit qui est, comme l'écriture de Séverine Dancourt, chirurgical et brutal. Tout comme Poudreuse, L'été des charognes donne à voir une campagne désabusée, parfois presque absurde, dans les yeux d'un enfant, qui parle sa propre langue, qui subit la violence des coups de la vie. Ce livre m'a marqué dans ma pratique de l'écriture, car il m'a permis d'explorer une autre forme d'écriture, celle de la brutalité, dans les mots et les images que l'on renvoie. D'essayer de trouver des images précises, quoique parfois absurdes, qui comme Séverine Dancourt donnent aussi à voir un propos politique. Ces deux auteurices m'ont marqué par leurs façons d'écrire, au premier abord éloignées, mais très proches dans cette poésie crue et brutale.